mercredi 9 avril 2008
On the Road again... again...
Il y a quelque chose d'assez nostalgique dans le fait de rouler la nuit, seule dans sa voiture. Tu viens de déposer ta pote chez elle, et tu te rends compte qu'à papoter tout ce temps, vous aviez oublié que la radio s'égosillait dans son coin. Alors, comme il n'y a que toi et que ta conscience se tait, tu remontes le son.
Bryan Adams, Orchestral Manoeuvre of Dark, Goldman et même Cocoon, les grands classiques tranquilles de la radio, tout y passe. C'est la radio, les mélodies ne te déplaisent pas, tu ne fais pas ta difficile. Et les notes s'égrènent, et les kilomètres défilent. Il n'y a personne sur la route, mais tu n'as pas peur, tu ne te sens pas seule, dans ta voiture. Après tout, tu ne te défends pas de la solitude. Est-ce un bien ou un mal - finira-t-elle par t'aimer ainsi -, tu ne sais pas, mais pour le moment, tu te sens bien. Et les notes s'égrènent, et tes pensées aussi.
Tu penses à la soirée que tu viens de passer. Elle était plutôt agréable. Rien de très long ; il n'est pas si tard. Puis tu penses un peu plus en arrière. La journée. Celle d'avant. Tu es sûre que l'essentiel t'échappe, pourtant tu n'y peux rien, tu ne peux repenser qu'à ce qui t'a vraisemblablement marquée. Bryan Adams chante Forgive me. Tu veux bien le croire. Tu te demandes à qui tu pourrais bien chanter les mêmes paroles. Tu te demandes même combien pleurent à cette heure-ci, contre combien qui rient. Toi, brusquement, tu te rends compte que tu fais comme à ton habitude : tu te tiens au milieu. Entre joie et larmes. La mélancolie s'entiche de toi aussi facilement que la lumière s'éteint. Tu ignores si ça te déplaît, alors même si tu es seule, tu hausses les épaules. Tu hausserais bien aussi la voix, pour chanter en choeur, ou réveiller celle dans ta tête, mais l'effort paraît trop grand.
Seule autorisée, la torpeur s'installe. Et puis, comment as-tu pu dire ça, ce jour-là? Avant-hier, pourquoi l'as-tu approuvé en silence? Tu sais bien que tu ne supportes pas ses petites remarques intolérantes et stupides qu'il croit sublimement intelligentes. Qu'aurais-tu pu dire? Un jour, peut-être, tu éclateras définitivement face à lui. Ca commence à venir. Bien ou mal? Oh, zut. Et cette semaine, tu t'es laissée approcher si facilement. Tu es loin d'être intéressée pourtant, non? Si. Ni par lui, ni par lui, ni par lui... Tu trouves à redire à chaque fois. C'est classique chez toi. Parfois, ça te fait un peu mal. C'est nouveau. N'est-ce pas inquiétant?
Tu en es là des murmures, des aveux, des regrets dans ta tête, et la mélodie s'arrête. Allons bon, voilà qu'ils se mettent à parler. Ca faisait longtemps. Tu ne tiens pas spécialement à subir les débilités débitées, tu changes de chaîne. Et puis encore.
Et puis "ALEXANDRIE, ALEXANDRA!" jaillit dans la voiture. Tu as fait un bond comme si Claude François te réveillait. Tu étais bien attentive à la route, mais ce n'est pas tout à fait faux. Claude François... Bon sang, ce type est autant une tache que les abrutis payés pour tergiverser maigrement - anorexiquement - à la radio.
Alors, tu éteins la radio. Tu n'es pas bien loin de la maison. Et puis tu chantes Vienna Teng, et tu n'as plus trop le loisir de te replonger dans tes réflexions, étant concentrée sur les paroles en imaginant le piano qui t'accompagne, et la route, moins droite. Pourtant, tu ne peux pas t'empêcher de ressentir ce besoin d'entendre quelqu'un te bercer sur ces quelques notes.
Il y a quelque chose de définitivement nostalgique dans le fait de rouler seule, la nuit.
vendredi 4 avril 2008
Tu m'vois un peu, tu m'vois plus
La question fuse intantanément :
- Alors, qu'est-ce qu'il vous faudrait?
Mon épicier me sort la même rengaine de derrière son comptoir, et pourtant, cette dame n'a rien à voir avec un épicier. Du moins, jusqu'ici, je le pensais.
- Ben... Des lunettes?
Je trouve ma réponse stupide et inutile, mais la question l'était aussi. Qu'est-ce qu'il lui faut à la p'tite dame? Ma foi, ce qu'il faut aux gens qui viennent chez l'ophtalmo... Enfin, je crois. La mienne n'a pas l'air de se formaliser de notre petit dialogue bancal. En fait, elle n'a pas l'air de s'en préoccuper du tout, si bien que j'en viens à conclure qu'elle n'a posé la question que dans le but d'éviter le blanc total pendant qu'elle se penche sur ses machines bizarres avant de revenir vers moi. C'est bien gentil de vouloir me mettre à l'aise après tout. Je me trouve tout de même en lieu inconnu, elle est la troisième personne que je vois et je ne suis toujours pas sûre que, cette fois, ce soit la bonne, que ce soit bien elle la docteur, et non pas une assistante lambda. Alors je prends sur moi pour développer un peu. J'ai un petit problème de myopie. Je vois bien dans l'ensemble, sauf lorsqu'il s'agit de lire quelque chose à distance, ce qui fait que suivre un cours dans un amphi quand le professeur dessine des pattes de mouches au tableau, c'est un peu chiant pour moi et pour mon entourage que je sollicite avec flamme, etc. Conclusion : il me faudrait des lunettes pour mes cours.
Vous les utiliseriez quand, vos lunettes?
Ben... Pendant les cours quoi. ... Pour conduire pendant plus d'une heure aussi, éventuellement.
Ah, bien.
Et elle retourne à ses machines.
Je ne dis plus rien, je n'ai plus rien à dire. Elle examine sûrement le résultat des tortures que ses assistantes ont jugé bon de m'infliger à deux reprises - si bien que je me suis demandée si la seconde était au courant que quelqu'un était déjà passé avant elle - et je passe le temps en me demandant ce qu'elle peut bien conclure de tout cela.
Oui, que peut-on conclure d'une farce débile consistant à me faire regarder dans un trou pour me balancer de l'air dans l'oeil? "Ouvrez les yeux" qu'y disent. Mais attends, je pleure là.
Que peut-on conclure d'une autre farce débile pour "mesurer le gnagnagna de l'oeil truc chouette" qui n'est autre qu'un flash en pleine poire. "Ouvrez les yeux", oui, mais non, qu'est-ce qu'on va me faire après si je les ouvre?!
J'ignore ce que l'on peut en conclure. Mais ça n'a pas l'air de lui suffire, parce qu'elle se redresse soudain pour me dire, tout sourire, de mettre l'autre espèce de masque devant mes yeux. Pourtant, j'ai cru, l'espace d'une demi-seconde, que j'allais échapper au test de vue. Oui, je sais, le test de vue est l'essence même de la visite chez l'ophtalmo, mais je n'étais plus si sûre que ça d'être chez l'ophtalmo. Et c'est parti pour un quart d'heure de rigolade à déchiffrer des lettres, sournoisement flouetées exprès, j'en suis sûre.
A la fin de ces réjouissances, elle juge bon de me faire un petit récapitulatif. Malheureusement, elle ignore que je suis très bête, et plutôt que de me faire le niveau débutant "tu as une vue bonne/moyenne/très moyenne/pas bonne/catastrophique", elle me fait le niveau boss et me parle de taux de machin, de glauchose, et de tout un tas de choses qu'il était finalement inutile de mentionner, puisqu'elle termine en me disant que je n'en ai pas et que tout va bien. C'est pas grave. Je souris. Game over.
L'ordonnance n'est pas très pleine. Ou plutôt, je n'y comprends rien.
"-1 à l'oeil droit ça veut dire que tu as 9/10 à cet oeil, et -0,75 à l'oeil gauche, que tu as 9,25/10" m'explique maman.
Mais alors, c'est pas si mal? Je suis tout près de 10!
"Il y a des gens qui ont plus de 10. Comme les pilotes de ligne" ré explique maman.
Plus de 10? C'est quoi cette histoire? Ils sont passés sous la table ou quoi?
"10 ce n'est qu'une moyenne." ré ré explique maman, patiente.
Ah. Juste une moyenne. Je suis un peu déçue, mais néanmoins fière : ça y est, je sais tout, j'ai tout compris! C'est fini, de rester l'oeil torve et la bouche ouverte quand des camarades ou amis parlent de leur vue "ouais moi j'ai -4,7525 à l'oeil droit" "Ouah didonc, moi j'ai 3,14 à l'oeil gauche", et que tu comprends rien tellement c'est mystique. J'adhère enfin au cercle chic&snob des poètes disparus gens à lunettes. L'avenir s'offre à moi.
Bon, après, il faut savoir que j'ai des lunettes... Parce que pour ce que je m'en sers, en fin de compte... Mais je trouve quand même le moyen de jouir de mon nouveau pouvoir. Un ami se retourne vers moi en cours de rédac' - cours très agité évidemment -, et je lui sors que j'ai des lunettes, avec un grand sourire. Pas que j'en sois ravie, à vrai dire. Il se trouve que je m'en fiche un peu. Alors je ne sais pas vraiment pourquoi je lui dis ça. Mais je ne m'en formalise pas, et lui non plus : c'est aussi bien que de parler du temps qu'il fait dehors. Il me demande de les mettre, pour voir. Je les mets, et je me dis que tiens, j'aurais pu y penser avant, même si le professeur n'écrit rien au tableau. Il dit que ça me va bien, pas de problème, je lui dis que de toute façon, il n'aurait pas fait long feu s'il avait dit le contraire. J'ajoute que je les trouve un peu grandes, et que j'ai galéré un peu pour trouver la bonne monture - de lunettes. Il dit en riant que j'ai une petite tête, je boude en répondant qu'en plus, c'est vrai. Il m'appelle "Suricate" encore, je ne sais pas pourquoi, et puis il dit que lui, il a plus de 10. "Comme les pilotes de ligne", je dis, et je frime à mort. Je me retiens cependant de lui demander si, alors, il est vraiment passé sous la table, quelque chose me disant que ça risquait de tout foirer. Il me parle de sa vue, je lui parle de la mienne, et c'est ainsi que je comprends enfin comment on peut passer autant de temps à parler de lunettes. Après tout ce temps.
Une sorte d'exaltation ridicule, comme celle qui m'avait piquée quelques jours auparavant, chez l'opticien. C'est un type qui s'occupe de moi cette fois, et il a l'air de penser que je suis trop myope pour remarquer qu'il louche vers mon décolleté. Opticien, une vocation. Mais ce n'est pas vraiment le fait de me faire mater les seins qui m'exalte alors. Mais plutôt exaspérer ma mère dès qu'il a le dos tourné avec la mutuelle, en essayant de regarder tout autour de moi avec et sans les lunettes, et faire à chaque fois un commentaire construit en petits cris de ce que je vois mieux, ou pas.
Le soir même, j'explore toute la maison avec mes lunettes, pour voir ce que je vois mieux, et redécouvrir les choses sous un nouvel angle. Je découvre également que ça fait un peu bizarre, de marcher avec des loupes sur le nez, et manque de me prendre la porte de la salle de bain en faisant l'andouille. Ma soeur adore. Ma mère s'est depuis longtemps réfugiée devant son pc pour désaturer de ma connerie ambiante. Et après, j'ose dire que je suis très occupée.
Beaucoup moins drôle : le boîtier fournis avec les lunettes. Cet espèce de truc qui se ferme tout seul en claquant. La première fois, ça n'avait pas raté : je me coince le doigt chez l'opticien. Il me faut alors attendre que ce dernier aille chercher je ne sais quels papiers pour me départir de mon sourire coincé et jurer tout mon saoûl en soufflant sur mon doigt blessé pendant que maman rigole. Depuis, je me méfie de ce truc comme de la peste ou des courgettes bouillies. Et je me concentre tellement pour le fermer en évitant mes doigts qu'une fois, je manque d'y laisser mes lunettes. Elles ne doivent la vie qu'à une amie spécialiste ès lunettes. Peut-être qu'un jour, j'atteindrai le même niveau d'expérience.
Ou peut-être que je changerai d'étui.
Les jours ont passé, j'ai pas eu le temps de les voir passer. Mes lunettes sont dans mon sac, en attente, comme beaucoup de choses dans ma vie. Et comme beaucoup de choses dans ma vie, je les sors de temps en temps. Je n'ai plus mal à la tête de trop forcer pendant trop longtemps pour lire un truc que je ne peux pas lire, et je n'ai plus besoin d'expliquer aux gens que, non, je ne vois pas ce qui est écrit en rouge sur jaune là-bas à 2km, que, oui, je suis un peu myope, et que, non, je n'ai pourtant pas de lunettes. J'ai des lunettes maintenant. On perd beaucoup moins de temps en dialogues inutiles.
Et je gagne beaucoup plus de temps pour frimer.
Ah bon, tu as 10/10 aux deux yeux? Oh bah, tu sais, y en a qui ont plus, hun...
...
Les pilotes de ligne par exemple, tu vois.
samedi 22 mars 2008
- Somewhere along In the bitterness
J'ai toujours rêvé avoir des pouvoirs magiques - comme tellement de gamins que je pourrais dire "comme vous et moi". N'importe quoi, pour un peu de magie tout simplement, un peu d'espace à travers les barreaux, passer la main et sentir un vent nouveau me transpercer en un frisson. Un peu d'autre chose, et un peu de facilité. Sauter par-dessus les "Rien n'est jamais acquis sans effort", contourner les "Persévérance", oublier les "Patience & longueur de temps", et arriver droit au but sans se demander si les conséquences de trop de facilité ne vont pas être trop lourdes lorsqu'elles retomberont. Juste oublier qu'elles existent. Pourquoi existeraient-elles?
Le temps n'en ayant rien à foutre, il est passé, et mes lubies l'ont suivi, avec la légèreté des rêves de gamine. Jamais tout à fait, quand même - je n'ai jamais pu me défaire de l'idée que, oui, un peu d'étincelles dans un coin de la tête, ça rapproche de la vérité. Il y a bien d'autres choses qui devraient faire rire, mais qui font pleurer au final.
Alors, certains soirs, parce que c'est noir, parce qu'il n'y a pas moyen, quand je monte les escaliers sous le poids d'une telle atmosphère, je prie qui n'entendra jamais qu'il suffise d'ouvrir les bras et de fermer les yeux pour, tout en marchant, faire passer tout le courage, tout l'espoir, tout le réconfort et tous les sourires que je n'ai pas - pour toi, toi, toi, et toi, et...
Juste parce que c'est magique.
Et pas d'autres explications.

mardi 18 mars 2008
A noter
J'aime bien Swift...
J'admire Shakespeare...
J'adule Jean Anouilh...
Respect à Sophocle...
Et bisous en passant à Milton et Chaucer...
Mais l'envie de lire un bon bouquin dont les 3/4 ne se constituent pas de NOTES me démange de plus en plus... Mon ROYAUME pour un (bon) roman sans le moindre sens caché à lire entre les lignes ou de quelconques références métaphysiques à la tirade n°7 de Machin dans la scène XVII de l'acte VII au fond à droite!
[ps : non, mes posts ne sont pas vraiment des posts en ce moment. Mais j'ai besoin d'un peu de temps pour remettre des choses en place, puis je reviens pour de vrai. Vrai de vrai. Si si.]
dimanche 16 mars 2008
You've got it right
J'ai rêvé de mon "passé" comme autant de fantômes transparents à force d'être oubliés. Et maintenant, quoi? Vais-je avoir droit au fantôme du présent? Puis au fantôme du futur? Vont-ils me dire à quel sujet je dois me remettre en question? Oh, si l'on pouvait se fier à une seule et même voix, qui dirait qui a tort et qui a raison, est-ce que les choses, parfois, seraient plus simples?
Parce que manifestement, il faut que quelqu'un ait tort.
Et fatalement, que quelqu'un ait raison.
samedi 8 mars 2008
I hang my coat up in the first bar There is no peace that I've found so far
Il y a beaucoup de choses qui peuvent mener à l'angoisse. Et peu de chose suffit pour angoisser.
Le téléphone sonne. Il n'y a personne à part moi, et rien ne me traverse vraiment l'esprit quand je me lève pour aller décrocher le téléphone, en haut, celui qui n'indique pas qui est l'appelant. Oh, pour une fois. Pour une fois que je n'ai pas ce réflexe nerveux d'aller, les dents serrées et l'estomac retourné, dévaler plutôt les escaliers, quitte à glisser avec mes chaussettes, pour me poster devant le bon téléphone, et vérifier anxieusement que le nom de l'appelant n'est pas ce "Non." éloquent.
C'est toujours au moment précis où on oublie un peu les choses que justement, elles tendent à se manifester. Le "A" laissé sur ma voiture quelques minutes de manière exceptionnelle que l'on a pourtant volé semble vouloir rappeler ce principe.
Et je réponds, enjouée, parce que, bon, je le suis facilement, n'est-ce pas? "Allô oui?" J'avais appris à masquer ma voix en imitant celle de ma mère, et à la réponse que j'obtiens, après un vide silence interloqué, je me demande enfin pourquoi. "... Bonjour. Ca va bien?"
Bien sûr que je reconnais la voix. Bien sûr qu'elle me frappe. Pourtant rien ne bouge en moi. Pétrifiée sans l'être vraiment, mon visage est à présent un masque de marbre, et mon bras effectue le simple mouvement de raccrocher, sans avoir besoin d'en recevoir l'ordre. Quand je me remets à penser, la première idée qui me vient est que je me suis faite avoir. Et c'est amer dans la bouche.
Je reste un instant dans la pièce, silencieuse. Je sais ce qui va arriver. Et ce n'est que pour cela que je me décide à la quitter. Que je descends. Que je me poste devant le bon téléphone, et que j'attends. Peu. Il sonne déjà. "Non." s'affiche. Aucune surprise. Pourtant mon estomac se retourne. L'angoisse a mis le temps à venir, mais à présent, elle est là, bien là. Elle ne partira pas avant que la sonnerie ne s'arrête définitivement.
Chaque note stridente m'élance. Je voudrais que ça s'arrête. Tout de suite. Mais à la place, je me rends compte à quel point mes machoires sont serrées quand je sens les larmes couler. Je tremble, crise de nerf, déjà? Non, ça ne sert à rien, je le sais, mais j'appuie sur le bouton rouge, j'appuie, j'appuie, et je maudis avec haine celui qui un jour inventa ce téléphone qui ne peut refuser l'appel quand on appuie sur le bouton rouge. Ce téléphone qui sonne jusqu'à ce qu'on réponde. Jamais.
Pourquoi? Mais pourquoi? Je ne suis pas prête, non, je sais que je ne le serai certainement jamais. Je sais qu'à nouveau pendant quelques jours, je marcherai en rasant les murs dans la rue, je tremblerai quand on sonnera à la porte. Des fois qu'il insiste. Qu'il se dise que c'est inacceptable. Cet appelant. Non, ne pas insister...
Je n'ai pas peur. Pourquoi j'aurais peur? Ce n'est pas moi qui ai vécu cela. Pas moi directement. Je n'ai pas peur, je suis rongée par l'angoisse. Celle qui fait mal. Ce n'est pas moi, mais c'est moi qui ai si souvent ouvert les bras pour recueillir les pleurs. On ne devrait jamais avoir à recueillir de tels pleurs. On ne devrait pas se voir confier ce rôle un jour. Ce devrait être l'inverse, oui, l'inverse, comme quand j'étais une petite fille... Qui m'a ouvert ses bras pour recueillir mes pleurs? Qui, la dernière fois...? Non, je n'ai pas peur. Je n'ai besoin de personne. Le téléphone s'arrête, mais je sais qu'il va recommencer. Et il recommence. Ce sont mes larmes qui trouvent la prise, n'est-ce pas? Je suis toute seule. Le téléphone est silencieux, enfin. Mais silencieux comme la mort. Non, je n'ai besoin de personne.
Mon rôle est d'ouvrir les bras.
Et d'angoisser en silence ces larmes qui ne couleront plus.
Un jour, je devrai rebrancher.
Mais je ne le dirai jamais à personne. Je ne le dirai pas. Je ne dirai pas qu'il est impossible d'appuyer sur un bouton pour que ça s'arrête. Si je suis trop lâche pour être prête un jour, qu'au moins je tienne, que je tienne. Je n'ai de toute façon, et pour une fois, pas les mots.
The laughter penetrates my silence
As drunken men find flaws in science
mardi 26 février 2008
Alone in the dark (?)
Samedi, mes parents sont partis en Italie avec ma soeur, me laissant seule pour des vacances fraîchement mises à ma disposition. Seule, avec mes deux chatons (bébésd'amourquej'aime et toussa), bien entendu.
Et bien sûr, la réaction, vous vous en doutez sûrement, donne à peu près ceci :
EEEENFIIIIIIIIIIIIIIN! #profond soupir de béatitude#
Je peux envoyer chier ce con de facteur sans être retenue.
Je peux soigner mes instincts pâtivores sans qu'on me dise "encooore des pâtes?!".
Je peux piquer la voiture sans courir après les clés.
Je peux virer les courgettes bouillies qu'on avait sournoisement placées dans un coin du frigo sans me faire inculper.
Etc, etc, et j'en passe et des meilleures.
Seulement, voilà. Le jour, c'est glop. Le soir, c'est encore un peu glop. La nuit, c'est moins glop. Que la maison de mes parents, elle est supra méga grande quand même, surtout quand on est rien qu'une personne et deux chatons (et des poissons) pour la remplir. Alors le soir, après avoir mangé, quand on a rien d'autre de prévu que de finir le soirée devant son pc chéri d'amour (et toussa), comme ce con nous fait tourner le dos à la porte, on se retourne un ch'tit peu... L'air de rien... De temps en temps...
Surtout quand on s'est remis depuis peu à tous les films adaptés des romans d'Agatha Christie.
Là où de frêles jeunes filles sont sauvagement assassinées à un moment ousque tu t'y attendais carrément. (Y a des mecs aussi, mais on s'en fout.)
La nuit, dans des manoirs à l'acoustique super pourrie ousque personne t'entend agoniser (comme ici).
Rien que pour piquer, par un subtil stratagème, toute l'immense fortune de la frêle jeune fille.
...
Bon, j'ai beau me dire que de ce côté-là, c'est pas mon compte en banque qui me fera frôler la mort (à part d'arrêt cardiaque à la fin du mois peut-être), la nuit c'est fou ce que la logique change de discours.
Enfin, en général je crève pas de peur sous ma couette, ça va hun. J'inspecte juste un peu plus méticuleusement et avec un couteau à cuisine dans la main les coins sombres de la maison. Comment ça y a des coins sombres partout?
Et puis mine de rien, la présence de mes chats (qui me suivent partout, même dans la rue, ça épate les voisins) me rassure pas mal. S'ils dorment paisiblement, c'est que rien d'insolite ne les dérange. Malheureusement, parce que je fais confiance à leur 6ème sens, ces cons me font aussi des sales coups. Mais oui, vous savez, quand ils se redressent subitement pour fixer dans le vide quelque chose que VOUS NE VOYEZ PAS. Grmbl.
Mais bref. Tout ça pour dire qu'être seule présente des avantages et des inconvénients.
Pourtant, quand le frère, après avoir raté 3 trains et explosé 4 fois la batterie de sa bagnole, trouve enfin le moyen d'arriver, pendant que vous planquez précipitamment les courses que vous avez faites pour cuisiner histoire de l'empêcher de tout bouffer en un soir....
.... Il faut attendre qu'il fasse bieen nuit noire et que le vent secoue les branches des arbres dehors pour retrouver un inconvénient à être seule...
Alone with frangin.
samedi 23 février 2008
Quoi de neuf? ou le narcissisme recommandé
Est-ce que j'ai déjà dit à quel point cette phrase me fait angoisser? "Alors, quoi de neuf?" Une petite phrase, banale, qui ne sert qu'à engager une conversation ou, au mieux, à combler un blanc quand on a rien à foutre de la réponse au même titre qu'un "- ça va? #bise# #bise# - ouais et toi? - Cool". Une phrase tout à fait ridicule par sa simplicité à vrai dire. Mais qui me plonge dans la perplexité.
Ah.
"Quoi de neuf?"
La question en elle-même indique que la parole est à vous. Un peu comme si on vous tendait le micro, là, sournoisement, alors que jusqu'ici, vous somnoliez un brin et discutiez sans vous prendre la tête. C'est bon, j'ai assez parlé, parle-moi de toi maintenant. ... Maiiiiis...
Bon, je vous arrête tout de suite, ma vie n'est pas un long cours d'eau desséché hun. Bien sûr qu'il m'arrive des trucs, en permanence, rien qu'en me levant le matin d'ailleurs, quand la chasse d'eau essaie de m'avoir par surprise par exemple. C'est juste que, peut-être à cause de la flemme immense qui caractérise ma personne, je n'ai pas envie de faire le tri dans toutes mes informations personnelles pour dénicher LE truc qui est susceptible d'intéresser mon interlocuteur - ou pas, un truc pour faire genre. Du style, voyons, je lui raconte comment j'ai fait tomber du lit mon chat qui dormait sur mes jambes quand mon réveil m'a fait sursauter, ou quand la petite newbie chez la coiffeuse s'est mise en tête de me démêler au peigne liliputien, mèche par mèche, ma longueur indécente de cheveux? Mmmh, j'hésite...
Alors, voilà, FATALEMENT, je sors une connerie, ou un "rien de spécial" embêté parce que c'est moins fatigant. Et en me disant, lorsqu'il s'agit de potes, que je raconterai les déboires de mon chat et la foi de ma coiffeuse devant un bon verre un de ces quatre. Encore qu'avec les potes en général, y a plus souvent des trucs à raconter, sur autre chose que moi.
Alors, d'accord, j'ai bien compris, quand quelqu'un dit "quoi de neuf", je pourrais dire que je reviens de me faire gratter le dos par un eunuque sur un radeau descendant le Mississippi, le résultat souhaité par l'interlocuteur serait là : engager une conversation, quelle qu'elle soit -> "Ahaha, sacré toi, toujours le mot pour rire..." (Aha). Encore que le plus souvent, ça donne juste le truc qui passe partout : lol. Et en général, le monsieur qui était là pour trouver une madame commence à se demander ce que justement il fait là.
Mais n'empêche que je trouve ça traître. Ca m'angoisse ce "quoi de neuf" là! Quoi de neuf, attends, merde, euh, euh, mais, euh... SI J'AIMAIS PARLER DE MOI J'AURAIS FAIT UN BLOG BORDEL !
...
...
Oh merde.
...
Bon, sans être prise au dépourvu alors. Merde, quoi TT
Et puis si je grillais tout en conversations, j'aurais plus rien pour ce blog. Et toc.
No-life? C'est quoi?
...
Hum. Et sinon, quoi de neuf?
oOoOo (<- style)
[Les petites variantes que tout le monde aime :
"Quoi de beau?" -> Pourquoi ça serait nécessairement beau, dis-moi? C'est un critère de plus dans ma recherche d'information ça, donc un truc pour me faire bosser plus (sans gagner plus). Est-ce que ça te va, comme truc beau, que j'écoute Tchaïkovsky en boucle depuis hier? En même temps, tout est relatif, et tu t'en fous.
"Qu'est-ce que tu racontes?" -> Ce que je veux quand je veux! Voilà! #se mouche#]
vendredi 25 janvier 2008
Ne Se Prononce Pas
J'ai une petite pile de livres juste à côté de moi, sur mon bureau. Il y a Hogfather, de Terry Pratchett. Alice in wonderland, de Lewis Carroll. Terre d'émeraude, de je ne sais même pas qui. Un seul est ouvert depuis peu, mais n'avance pas énormément pour autant : Le Prestige, de Christophe Priest. Autant de pages à tourner qui me font envie, mais qu'inexplicablement je ne tourne pas, plus, depuis un moment.
Ca y est, c'est fait, le monde entier peut se réjouir et être épaté : la Gwen a atteint le stade du légume qui marche. Enfin qui marche, quand elle a pas la flemme. Hé oui, autre découverte, il y a des légumes qui marchent.
Pourquoi je dis ça? Avec quoi je vous emmerde encore? Si je trouve encore le moyen de vous sortir ça c'est que je suis pas totalement désespérée?
Oh mais je ne suis pas désespérée. Enfin, je n'en ai pas l'impression. Je blablate sur ce blog parce que, sinon, je ne trouverais rien d'autre à dire. Comme je n'ai plus d'avis sur l'actualité. Comme je me fous du temps qu'il fait. Comme je ne donne plus mon opinion gwenienne sur un forum ou dans une quelconque discussion. Tout débat me répugne, et m'agace, et puis je le rejette. Je n'ai pas envie d'ergoter sur quoi que ce soit. Je suis comme tout le monde : y a des moments où je fatigue.
Bon, après, ça m'empêche pas de vivre, ni de sortir des conneries à tout va, comme vous avez déjà pu le remarquer. (Une Gwen quand ça fatigue, ça veut pas dire qu'on l'aura plus jamais sur le dos. C'est chiant ces bêtes-là, attends.) Ce n'est qu'une lassitude, qui me prend en général quand je suis seule. Tellement que je n'ai pas envie d'être seule, mais que je n'ai pas non plus envie d'aller à la rencontre des autres. Bordel. Pourquoi ça serait encore à moi de bouger? Parce que c'est moi qui en ai envie? Ma foi... Les autres non alors?
Je me pose toujours des questions, mais je n'y cherche plus de réponses. Les choses m'intriguent et c'est ainsi, m'affligent et c'est comme cela. Pourquoi faire telle chose? En quoi les gens peuvent trouver ceci intéressant? Quel intérêt à aller faire cela? Je critique, et je n'ai pas la moindre argumentation. Alors je préfère me taire, et m'énerver toute seule, vaguement... Peut-être que ça fait des vacances à quelques uns.
Enfin, le problème c'est que là, je n'ai expressément aucune raison de me bouger les fesses pour sortir : je viens de terminer mes exams. Pas tout à fait, il me manque le grec mardi, mais bon... Pas de reprise avant le 4 février, aucune raison de revoir mes potes et camarades de fac. Donc je passe mes journées avec moi-même, ne planifiant pas autre chose, jobant de temps en temps. Et ça ne me dérange pas plus que ça. Je ne m'ennuie pas. Je ne mange même pas plus que d'habitude. Je n'ai pas faim. J'ai juste parfois très soif d'un coup.
Un vrai légume je vous dis. Une plante verte à la limite.
(Inutile de se ramener avec l'arrosoir, je le prendrais mal, je vous préviens.)
Plante verte, oui, je préfère.
Déjà pour le style : une plante en pot c'est déjà mieux qu'un poireau. D'ailleurs, la preuve, on met pas les poireaux en pot. Enfin, pas que je sache. Plus classe, plus "que la nature est belle", tout ça...
Ensuite pour le fond : un légume, on le cuit et on le mange (même les abominations de la nature telles que les aubergines et les courgettes, c'est dire). Et une plante verte, on s'en occupe amoureusement. On s'en occupe. Ou au moins, on la regarde de temps en temps, sans penser à la dépotter pour se la faire à sa propre sauce. Si vous me permettez la(les) métaphore(s).
Bref. Je vis en "N.S.P.P" pour le moment. Dans ma tête, je m'occupe des histoires des autres, mais pas de la mienne. C'est comme ça, et c'est pour ça que depuis toujours, je dors si bien la nuit : j'extériorise avec Art.
Et après tout, pourquoi on aurait toujours un "oui" ou un "non" en réserve, à servir à qui le demande? Pourquoi pas un "peut-être", ou un "je ne sais pas" de temps en temps? La case "Ne Se Prononce Pas" devrait être intégrée obligatoirement au formulaire de la vie. Mais bon, le truc, c'est que comme dans ces moments on s'en fout, personne n'ira faire une révolution pour que cela se fasse. Tristesse du paradoxe.
Alors tant pis, je revendique. "J'ai pas envie". De sortir. De rester. De boire. De manger. De répondre. De me taire. D'être écoutée. D'être ignorée. D'être aimée. D'être détestée. De dire la vérité.
"J'ai plus envie."
Et puis merde à la fin. Laissez un message après le bip sonore, quoi.
De toute façon, y a personne jusqu'au 4 février.
...
Ben oui, mon resto à sushis ne réouvre qu'à ce moment-là.
...
Je vais jamais tenir jusque là TT
lundi 21 janvier 2008
Je ne suis ni Geek, ni addicted
Je suis juste la fille qui fait l'ouverture de Carrefour un lundi matin en pleine période de partiels pour acheter un nouvel adaptateur wifi usb parce que le sien a fait le con un dimanche, la rendant dépressive.
Sinon tout va bien.
Et par chez vous?
